Le chemin

Je ne crains pas l’éclectisme, voir la dispersion. Même si cela rend complexe de monter son travail sans qu’il paraisse incohérent dans la multiplicité de sujets abordés, et des moyens utilisées. Je ne me trouve pas caractérisée par une technique, un thème, ni même un processus très clair.

Ma façon de travailler est la suivante : Je peins.

Je peins un élément très détaillé ou des zones de couleurs et de matières. Je peins flou ou détaillé. Abstrait ou réaliste.
Je me sert des humains, des objets, de la nature, de l’art, des animaux. La seule condition est d’être touchée. (Lorsque je vivais dans un immeuble, j’en peignait. Aujourd’hui que je réside dans un milieu agreste, impossible.)
Je peins tout d’abord une chose qui me tente comme une gourmandise.
Je peux avoir envie de beaux visages, de ciel hanté de cumulus, de taches multicolores, de gestes rageurs, d’outils hasardeux, de mains baladeuses, de grande peinture, de menus fruits luisants. Il se trouve toujours quelque chose à déguster.

Alors commence le travail.
Peindre même bien, n’est pas satisfaisant. Une jolie fleur reste une jolie fleur, et je peux, en me vantant, en peindre des tombereaux !
Le chemin commence, je dois voir ce qui se cacher derrière mon désir, ce qui fait ma complexité humaine qui a beau savoir ce qu’elle sait et ne peut s’empêcher de cueillir les fleurs.

La plus grande difficulté consiste à ne pas tenir un discourt. Tout le monde sait qu’il est mal de cueillir les fleurs (ou elle appartiennent à quelqu’un, ou elles appartiennent à tous, dans tous les cas mieux vaut éviter).
Alors, je feuillette le monde, je rate, je m’ennuie, j’attends qu’une rencontre impromptue se produise qui cristallisera le fond de mon sentiment, qui donnera un sens à mon travail.

Les grands chevaux

Les deux horizons

A vau-l’eau

Je pense comme la mer et les rivières. Le fil de l’eau tranche le paysage et
dédouble le ciel. L’insaisissable densité du liquide m’enchante de perplexité et m’amène à penser contre le courant. L’eau est si belle à peindre.

Terre agitée

Souvent, je travaille à tâtons, jʼattends une rencontre. Je me donne du mal sur un morceau sans savoir où je vais. Cet état de recherche, lʼinquiétude de perdre mon travail, la difficulté de réunir des éléments disparates me procurent une tension, une jubilation qui est lʼémotion même que je cherche à partager.

Frivolité à la française

À un moment, jʼen ai eu assez de peindre du malheur, de compatir. Je nʼai plus eu envie que de me moquer.
La magnificence de Louis XIV de Rigaud, l’énergie du cheval de Napoléon peint par David, la légèreté de Fragonard, me procurent des émotions que j’aime confronter à d’autres univers qui me sont plus familiers. Ils apportent au métro, à la forêt, un sentiment de liberté, de frivolité, de ridicule, de décalage qui mettent en perspective et relativisent le quotidien.

Je puise beaucoup d’inspiration dans la peinture classique. pour la beauté de la peinture même mais aussi pour l’émotion que j’y trouve
Beaucoup de ces peinture que je choisis ont en commun de représenter des femmes plutôt privilégiées. Me représenter en somme !
Comme femme blanche, européenne, suffisamment riche, je m’interroge sur mon rapport au monde. Suis-je capable de comprendre la difficulté rencontrées par tous ces gens que je vois souffrir à la télévision à l’heure du diner ? Cela n’arrive pas même à me couper l’appétit alors que je ressens une forte empathie. Serais-je donc capable d’aider de quelques manières, de changer quoi que ce soit à la marche du monde ? Serons-nous capable ?

J’aime toujours deux choses

Jʼaime toujours deux choses : Jʼaime la peinture baroque et la peinture minimaliste, jʼaime le flou et le net, jʼaime le calme et la tempête, jʼaime le fignolé autant que le relâché, jʼaime lʼaigre-doux, alors, je choisis les deux, ainsi, je ne suis jamais déçue.

Son pied écrase le monde avec grâce

Je n’ai pas trouvé meilleure métaphore de notre sans-gêne vis à vis de la nature que ces images de toute puissance.